Le numérique au service du spectacle vivant : Un mariage contre nature ?

« Il faut lâcher son tel » c’est la conclusion de Kaizen, le film du Youtuber Inoxtag, paru le 14 septembre dernier, qui s’est donné le défi de gravir l’Everest en un an. Le vidéaste de 22 ans réalise sur le toit du monde que pour atteindre ses rêves il faut écarter les écrans, les réseaux sociaux, lever le nez et admirer le monde qui nous entoure. Et il est vrai qu’avec un temps d’écran moyen de 4h37 par jour, les français ont du mal à délaisser leur précieux smartphone ou à décrocher de la télévision. C’est pourquoi nous avons tendance à nous en méfier et à opposer les écrans aux activités de plein air, à la lecture ou au spectacle vivant. Nous enjoignons nos enfants à éteindre leur console pour aller jouer dehors ou à prendre un livre « au lieu de s’abrutir » diront même certains.

Malheureusement cette opposition a tendance à élever des murs entre les différents publics. Les uns considérant comme vulgaire les moyens d’expressions numériques, les autres considérant comme ennuyeuses les représentations plus classiques. Ces défiances sont le plus souvent liées à de la méconnaissance. Comment accrocher à un médium dont nous n’avons pas les codes ?

J’ai vu, en tant que journaliste spécialisé, comment le géant du jeu vidéo, Nintendo, a réussi à réunir les enfants et leurs grands parents grâce à la Wii. Le secret ? Rendre les jeux plus accessibles et faire bouger toute la famille devant la télé. Je crois que c’est la méthode par excellence pour gagner de nouveaux publics : construire des ponts entre les gens.

Connaissez vous réellement votre grand-mère ? Une publicité décalée pour le jeu Just Dance.

Construire des ponts : L’avènement du « Spect-Acteur »

La scène a toujours été un terreau fertile pour les expérimentations. Les artistes rivalisant d’inventivité pour trouver de nouveaux moyens de raconter des histoires et faire rêver les spectateurs. Et puis la création artistique n’est-elle pas souvent le miroir de nos modes de vies ? C’est comme cela que nous avons vu naître des mises en scènes intégrant, par exemple, les réseaux sociaux. Des comédies romantiques où les protagonistes échangent des textos retransmis sur scène grâce à un écran géant. L’écran vient enrichir la narration en exposant les communications silencieuses des personnages. Ces astuces de mise en scène permettent alors de s’identifier à ces histoires d’amour moderne. Mais elles ne sont pas beaucoup plus que des décors animés. Elles laissent les spectateurs dans ce rôle passif qui manque parfois de séduire les jeunes publics habitués à interagir avec les univers qu’ils explorent.

C’est là qu’intervient l’écriture numérique. Les créateurs s’emparent des nouvelles technologies pour rendre leurs spectacles plus interactifs et complexes. On voit donc fleurir les propositions intégrants des casques de réalité virtuelles, ou l’usage du smartphone pour interagir avec le spectacle et le faire évoluer en temps réel. Le spectateur devient acteur du spectacle, dans les règles fixées par les artistes qui le guident et l’encadrent, il devient en fait spect-acteur.

L’exemple de White Out par la compagnie Le Clair Obscur.

Le White Out, un spectacle transmédia qui utilise la réalité virtuelle.

Dans le White Out, adaptation d’un thriller de science fiction écrit par Alain Damasio, Les Furtifs, un groupe de 50 spectateurs doit résoudre une enquête par le biais de divers médias et deviennent les jurés d’un procès futuriste. Un spectacle qui mélange la réalité virtuelle aux happenings et performances théâtrales.

La machine à jouer de la compagnie La Spirale

L’Arbre de Mia, un spectacle immersif et interactif, première pièce de La Machine à jouer

La Machine à jouer est un projet qui naît en 2021 et qui a pour objectif de créer un « jeu de théâtre multi-joueurs dont on est à la fois spectateur et acteur », les répliques sont transmises aux joueurs par l’entremise de leur smartphone ou soufflées grâce à un casque audio. Les textes sont parfois à choix multiples et permettent aux joueurs de modifier l’histoire à leurs convenance.

Holophore, l’invention qui met les acteurs en boite

Holophore, un ingénieux petit théâtre de poche.

Holophore est un petit théâtre de poche inspiré des Kamishibai japonais, en un peu plus technologique. Fabriquée en bois, cette boite magique de quelques centimètres cube utilise une tablette numérique et un jeu de miroir afin de créer des hologrammes miniatures. Facile à mettre en place, un atelier Holophore peut se monter partout sur le territoire, même en milieu rural, dans une école ou une médiathèque, c’est si accessible que le jeune public peut se l’approprier pour créer ses propres univers.

Alors ? Un mariage contre-nature ?

Nous sommes loin d’avoir exploré tout ce que les nouvelles technologies nous permettaient en matière de narration. Nous sommes loin d’avoir exploré tout ce que les nouvelles technologies nous permettent en matière de narration. Il est crucial de continuer à soutenir ces expérimentations pour repousser les limites de la créativité et de l’interaction. En intégrant des technologies comme la réalité augmentée, l’intelligence artificielle, et les plateformes de streaming interactives, les artistes peuvent créer des expériences immersives et participatives qui captivent un public diversifié. Ces innovations ne remplacent pas les formes traditionnelles de spectacle vivant, mais les enrichissent et les complètent, ouvrant de nouvelles voies pour raconter des histoires et toucher les spectateurs. En fin de compte, le mariage entre le numérique et le spectacle vivant n’est pas contre nature, mais une évolution naturelle qui reflète notre monde en constante mutation.

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